
Le taureau

"L'odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux" Francis Bacon

Dans le froid
Les vapeurs de nos bouches
Cherchent un chemin
D’avantages
Le son des ordures
Indigestes
Soulève nos corps
Comme des insectes lourds
Les lumières de la ville
Acceptent un temps
De recevoir l’incendie

Je prends à pleines mains le sable
Et le jette à la figure
Des derniers relents de mémoire
Sous la voûte
Les pierres mal jointées
Transpirent un parfum de moisi familier
Qui soulève le cœur de l’araignée
Elle tricote pourtant
Dans le jour et la nuit
De l’ampoule mal ficelée
Bout de fil aussi
Qui s’allume et s’éteint
Et qui donne un semblant de vie
Au sombre désordre
De cette profonde cave

Huile sur toile 73 x 60 cm
Les dimanches ne sont pas heureux
Les routes écrasées
Reçoivent les corps inanimés
La pierre qui touche le front
Ne le fait pas exprès
Elle se dit
Il y a plus fort que moi
Mais pas lui !
Le papillon se pose brièvement
Sur des lèvres déjà pâles
Le souffle
À demi
Libère une syllabe
Qui se pose
Au moment où passe le bourdon
Sur ses ailes bleutées
Le message se colporte
De fleurs en herbes
Et dit au monde
Je suis encore vivant
Mais pas ici

Il est déjà ce soir
Les pâles misères se traînent
Qu’avons-nous vécu de si pressant
Pour tenir loin de nous
Les amours
Un œil ici
Un autre là

Passez les courants d’air !
Le passé
Libre comme l’air
Glace les sangs
Dans les abris dégelés
Les congères entassées
Sur les bas-côtés
Libèrent au compte-gouttes
Les hivers fragmentés
La terre dure comme l’acier
Cache l’ombre décharnée
Et la cendre dispersée
Enveloppe au couchant
Les oiseaux laborieux