Sis

Les étincelles de la pensée
Se posent en lumière soudaine
Sur les formes astrales

Les mots tombent
Au fil des temps

Des vers mourant
De ne pas être
De ne pas avoir

Une vérité
Que l'on fait entrer dans l'oubli

Les comptes détaillés
De mes sœurs

Considérant l'exploitation
Pièce par pièce
Du genre nouveau

Elles me deviennent vérité
Lors de leur entrée dans l'oubli

Réveil de la réalité

L’allée s’étire droit devant
La perspective s’enfonce
Dans les brumes pâles
D’un matin d’hiver
Des bras squelettiques
Qui demandent à voir
Où se trouvent les cieux
Se dressent comme
Les pointes des épées
Des pas fantômes
Traînent sur le sol
Las de porter leurs corps
Les âmes fatiguées
Ouvrent des portes
Où se mêlent les temps
L’on devine aussi
Des voix enrobées
Retirées dans des chambres invisibles
Ne laissant passer
Qu’une poussive question
Qui êtes-vous ?

Le corps répondant

Une fin de nuit
Dans une aube sans oiseaux
Où l’esprit est retiré du temps
Où l’attente du jour est une cérémonie
Revenir de ces heures d’absence
Comme on revient d’un voyage pénible
Les yeux rôdent dans le noir
Comme pour garder en mémoire
Un pays qui donne à voir
L’autre bout de la pensée
Qui s’installe tantôt dans le cœur
Tantôt dans le corps répondant

All of us

J’applique à la lettre
Les lueurs enveloppantes
Que m’offrent la lune
Comme des voiles vaporeux
Qui plient sous le vent.
Ton corps déridé
Tendu comme un arc
Avale les mots entiers
Comme navire
Qui ferait naufrage
Comme humidité noire
Qui serait muette
Ton visage emporté
Par le vertige
Imprègne ton souffle
Du péché de la vie
Lève les yeux
Invente le chemin
Et consent doublement
À voir en nous
Le nous tous

Songe alaire

Là s’envoleront les serments 
Trésors prisonniers
Dans le ciel à secrets.
De combats homériques
En silences de nuits éclairées
L’Arbrisseau têtu
Grandit et demande Amour
Hésite dans l’immensité céleste
A jouer dans le vent et le soleil
Il garde au corps des traînées aériennes
Se dit
Les souvenirs ne peuvent lever les yeux
Seulement
Le vent seul complice ramène les mots
Le soleil seul complice marque la peau

Vagabonde

J’ai abandonné
Le chemin sur ma gauche
Trop encombré
Le chemin sur ma droite
Trop incertain
Le chemin présent
Passe par le corps
Bravant l’espace
Il s’accorde à l’œil nu
Aux curieuses matières
Je marche
Les yeux fermés
Mollement envahie
Par les ardeurs piétinées
Le ciel dans les bras
Ne soulage pas de la désolation
Phénomènes habituels
De calques de claques
Qui pour un instant
Supportent le fardeau

Le poison

Les jours noirs de nuit
Les derniers
Pleins et douloureux
Font grand bruit
De même que
Le son grave des horloges
Au fond des sommeils artificiels
Dans les chaussées luisantes de pluie
Se reflètent les délices perdus
Le regard s’interroge
Ai-je bu tant de poison ?
Mon ombre s’affole
Et me dit
Faut-il toujours creuser l’hiver
Pour entrevoir un filet de lumière

Storm

Va ! Prie les princes savants
Que de ta bouche
Sortent des vers embaumés
Inaudibles dans la barrière du vent
Va ! Écoute l’air triomphant
Venant des plaines
De la gorge des princes
Va ! Pâlis sur la terre
Comme le marbre sur ta tombe
Tes veines chargées de plomb
Jalousent le chêne centenaire
Va ! Danse dans le ciel
Grisée de liqueur parfumée
Ton âme n’entend pas
Le tonnerre précédant
Les poignards assassins
Vois ! Les foules prises d’assaut
Plongées dans les ténèbres
Ne font pas la forêt