L’allée s’étire droit devant
La perspective s’enfonce
Dans les brumes pâles
D’un matin d’hiver
Des bras squelettiques
Qui demandent à voir
Où se trouvent les cieux
Se dressent comme
Les pointes des épées
Des pas fantômes
Traînent sur le sol
Las de porter leurs corps
Les âmes fatiguées
Ouvrent des portes
Où se mêlent les temps
L’on devine aussi
Des voix enrobées
Retirées dans des chambres invisibles
Ne laissant passer
Qu’une poussive question
Qui êtes-vous ?
Étiquette : Ecriture
Le corps répondant
Une fin de nuit
Dans une aube sans oiseaux
Où l’esprit est retiré du temps
Où l’attente du jour est une cérémonie
Revenir de ces heures d’absence
Comme on revient d’un voyage pénible
Les yeux rôdent dans le noir
Comme pour garder en mémoire
Un pays qui donne à voir
L’autre bout de la pensée
Qui s’installe tantôt dans le cœur
Tantôt dans le corps répondant
Le poison
Les jours noirs de nuit
Les derniers
Pleins et douloureux
Font grand bruit
De même que
Le son grave des horloges
Au fond des sommeils artificiels
Dans les chaussées luisantes de pluie
Se reflètent les délices perdus
Le regard s’interroge
Ai-je bu tant de poison ?
Mon ombre s’affole
Et me dit
Faut-il toujours creuser l’hiver
Pour entrevoir un filet de lumière
Miroir
Brindille qui tremble
De la tête aux pieds
Je n’use de rien
D’aucune matière
Pour paraître tissée
De toile mal ajustée
Dans l’enfant mourante
D’une ville aux rues
Noires et chantantes
Je devine l’ombre grimpante
Des soupirs d’ennui
Et de solitude camouflée
La perfection se dessine
Dans la pupille ronde
Claire de bleu
Et la mélancolie fraîche du tilleul
Condamnée dans d’autre temps
M’enveloppe jusqu’aux restes
De galops enfantins
J’attendais demain
Hier est arrivé
Colors
Coloriste amateur
Minimale et tourmentée
Lève le nez de dessous la peau
Soutiens la main qui tient le pinceau
Et livre en morceau
En bloc
En fraction
Le regard isolé du dormeur
Emporte-le loin
Jusqu’à la métamorphose du silence
L’oiseau
Parlons simple
Un oiseau m’a fait comprendre
Que l’envol
N’est qu’une illusion
Que le mot est inapproprié
Lui agit hors le temps
Dans une poussée insolente
Sans un mot de trop
Fondu au noir
Partir avec la nuit
Avant l’heure
Du premier tour d’harmonie
Avant que les plaines
Ne se parent de la couronne
Aux mille feux
Avant que se taisent les chants nocturnes
Chemin tout tracé
De la graine au grain de sable
Sur la pointe des pieds
Glisser pour ne pas s’éveiller
Embrasser les formes délicates
Sans saillies où se blesser
Partir avec la nuit
Avant les premiers aboiements
Le premier dépôt de rosée
Respirer ce qu’il faut
Pour ne pas soustraire
Son âme au noir
L’invisible
L’invisible existe.
Parties en fumée
Dans un feu étroit
Les chimères rougeoyantes
Escaladent les pics nerveux
De la face cachée de la lune
D’autres encore
Savourent la fraîcheur de l’aube
S’évanouissant dans les bras
De la dernière brume
Ou bien livrées en bloc
Toutes prêtes à remuer
Ciel et terre
Pour déboussoler le monde