CAMUS

https://www.nobelprize.org/prizes/literature/1957/camus/25232-banquet-speech-french/

Extrait du discours de réception du prix Nobel 1957

….Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. Héritière d’une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d’établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu’elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d’alliance. Il n’est pas sûr qu’elle puisse jamais accomplir cette tâche immense, mais il est sûr que partout dans le monde, elle tient déjà son double pari de vérité et de liberté, et, à l’occasion, sait mourir sans haine pour lui. C’est elle qui mérite d’être saluée et encouragée partout où elle se trouve, et surtout là où elle se sacrifie. C’est sur elle, en tout cas, que, certain de votre accord profond, je voudrais reporter l’honneur que vous venez de me faire.

Ghost

Des fantômes dans les yeux
Brillants comme des météores
Me visitent chaque nuit.
Ils me pressent m’étouffent
Leurs âmes chevillées au corps
Je les entends me dire
A quel jeu joue t’on
Dans cet étrange croisement de vie?
Aujourd’hui un pied dans le soir
Je monte une à une les
Seize marches couleur automne.
A un pas de la porte des lumières
Je lève les yeux sur l’alliance sororale
Et je me dis
Le temps presse
Pour y voir les lamelles d’or
Qui me guideront vers l’autre monde
Je baisse les yeux à présent
Sur la lenteur ou chaque minute
Me fige dans la prostration
De ce même temps qui file en ligne droite
Ce soir et demain
Ne verront plus l’amour
Ne battront plus l’air
D’attendre le sublime
Pour un mot
Un plan, le dernier
Abattre un pan de vie
De ce divin chagrin
Et, de ces vapeurs de cendres
Renaître comme
La fleur de saison
Couleur de fantôme
Rencontré chaque nuit

Seigneur!

Des larmes solides
Tracent au sang
Des lettres inconnues.
Ils flottent dans une mer noire
Au milieu d’autres corps
Des bras noués a d’autres bras
Gris cendré
Dans une danse mélancolique
Ils ondulent en dilettante
Reins cambrés
Le plaisir enfoui au delà des rivières
Retenant
Le souffle doux des terres précieuses
Des doigts gracieux pointent
En direction
D’un relief famélique
Ou la vie n’existe presque plus
Hormis oiseaux de malheur
Piquant les mères affamées
Dans un dernier festin

Sans titre, aucun

C est dans le vent animal
A la lisière des plaines ruinées
Que s inviteront les corps transparents
Âmes tristes cherchant leurs ombres
Dans les lumières éteintes allumées
Des torches enflammées
Ils se volatiliseront, soudés en un seul
Aux premiers aboiements des fauves
Dans le seul courant qui les portera
Hors de ce monde fuyant
Avalés par les brumes enivrantes
Des premières heures solaires

Le maudit

Je suis le danger
Considérant
Le point de vue
La géographie
Le raccourci
Maudits soient
Les sols mouvants
Les murs bruyants
Les corps suppliants
Sous un ciel enflammé
Je me donne corps et âme
Je m’accroche aux branches
Possédé
Dépossédé
Je rends des comptes
En multiplication
En sidération
Je dépose là, à tes pieds
Mes sautes d’humeur
Je suis le mal
Le maudit
Considérant
La distance
L’éloignement
La chute