Le poison

Les jours noirs de nuit
Les derniers
Pleins et douloureux
Font grand bruit
De même que
Le son grave des horloges
Au fond des sommeils artificiels
Dans les chaussées luisantes de pluie
Se reflètent les délices perdus
Le regard s’interroge
Ai-je bu tant de poison ?
Mon ombre s’affole
Et me dit
Faut-il toujours creuser l’hiver
Pour entrevoir un filet de lumière

La quête

Lumière d’août dans le vent du sud
Nu-pieds à la recherche de ses pas
Il flotte dans le tumulte de ses pensées
Un îlot de sagesse
Quête inaboutie de son songe d’humain
Rieur par défaut, prieur en dessous.
Il jette son être tout entier dans la tourmente
Au lieu de scinder son ego
En deux parts égales.
Malheur lui dira-t-on
Bonheur se dit-il

Miroir

Brindille qui tremble
De la tête aux pieds
Je n’use de rien
D’aucune matière
Pour paraître tissée
De toile mal ajustée
Dans l’enfant mourante
D’une ville aux rues
Noires et chantantes
Je devine l’ombre grimpante
Des soupirs d’ennui
Et de solitude camouflée
La perfection se dessine
Dans la pupille ronde
Claire de bleu
Et la mélancolie fraîche du tilleul
Condamnée dans d’autre temps
M’enveloppe jusqu’aux restes
De galops enfantins
J’attendais demain
Hier est arrivé

Fondu au noir

Partir avec la nuit
Avant l’heure
Du premier tour d’harmonie
Avant que les plaines
Ne se parent de la couronne
Aux mille feux
Avant que se taisent les chants nocturnes
Chemin tout tracé
De la graine au grain de sable
Sur la pointe des pieds
Glisser pour ne pas s’éveiller
Embrasser les formes délicates
Sans saillies où se blesser
Partir avec la nuit
Avant les premiers aboiements
Le premier dépôt de rosée
Respirer ce qu’il faut
Pour ne pas soustraire
Son âme au noir

Finistère

Je ne veux pas que tu t’attaches  
Garde tes distances
Dans la brume pervertie
Ta main dépourvue de bonté
Travaille sur la reproduction
Je ne ressens rien d’humain
Hormis la mécanique
Décollés du palais
Que deviennent les mots ?
Portent-ils loin les signes
De la lointaine eau claire ?
Où faire recommencer
Les terres amoureuses
Les sables remués
De galets s’accordant
Au premier chant finistère